Méditation de Michel St-Onge

L’icône marque le début de la Semaine Sainte et nous donne un avant-goût de la joie pascale. L’icône de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem exprime la fête par ses couleurs vives et une composition qui inspire le mouvement. C’est une icône pleine de vie et de joie.

Le Christ prédomine dans l’icône

Au centre de la composition, on contemple le Sauveur majestueux. Il est mis en évidence : dégagé de la foule, prédominant sur sa monture. C’est le personnage qui occupe la place d’honneur, le centre, et qui occupe la plus grande place parmi les personnages. Son importance est évidente. Les autres personnages, eux, forment de chaque côté deux masses distinctes qui l’encadrent. Ainsi, c’est le Christ qui s’avance vers Jérusalem qui devient le centre de notre attention.

L’ânon et la royauté du Christ

Le Seigneur est monté sur un ânon "sur lequel aucun homme ne s’est encore assis" (Lc 19,30). La nature de la royauté du Christ est ainsi annoncée : l’humilité qui vient combattre l’orgueil de l’humanité blessée par le péché. C’est sur le petit, le plus humble, qu’il va vers sa gloire. Ce n’est pas la puissance qui le porte en gloire, c’est son service, c’est le fait de porter sur lui le joug de notre péché.

L’ânon emporte paisiblement le Fils de Dieu vers la croix. En effet, le royaume que le Fils de David est venu implanter ne se réalisera que par la croix. C’est là qu’il entrera dans la mort pour la vaincre. Jésus s’avance donc librement vers ceux qui le mettront à mort. L’icône montre un Christ plein de noblesse, habité par une force intérieure, une assurance que la perspective de la passion ne perturbe pas. Il se laisse acclamer, sachant que ceux-là mêmes qui le traitent aujourd’hui comme un roi, vont le condamner et l’abandonner demain. Le Roi-Agneau a pleine conscience de ce qui se déroule. Jésus sait ce qui l’attend dans la ville sainte : "Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme sera livré" (Mc 10,33-34). Il s’avance imperturbable, dans toute sa dignité de Sauveur du monde, vers son sacrifice.

La foule devant et la ville de Jérusalem

Devant Jésus, la foule immense, venue de partout à Jérusalem pour la Pâque, qui l’acclame en vainqueur. Il est célébré par ceux et celles qui ont vu Lazare ressuscité. En effet, Jean, dans son Évangile (Jn 12,12-13) précise que la résurrection de Lazare est à l’origine de l’accueil triomphal fait à Jésus. Il est acclamé aussi par les zélotes qui espèrent qu’il prendra la tête des armées contre les envahisseurs romains. Ces acclamations sont donc mêlées de passions politiques, d’envie de pouvoir, de désir de puissance sur le mal.

Derrière cette foule, la ville de Jérusalem est figurée par des murailles très hautes, des tours et une porte d’entrée. Elle représente à la fois la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste. Son aspect allongé la présente comme transfigurée en cité de Dieu. Toujours, dans les icônes de l’entrée de Jésus à Jérusalem, quelques personnages à l’allure contestataire sortent de la ville sainte. Même s’ils portent des palmes, ils sont rigides, droits, sans mouvement. Ils représentent les Juifs qui reçoivent le Christ tout en ne reconnaissant pas en lui le Messie (Lc 19,39). C’est la foule de ceux et celles qui ne croient pas en Celui qui pourtant va vers eux (Jn 12,37-41). Ce sont ceux-là mêmes qui, tout en acclamant aujourd’hui, réclameront dans quelques jours de Pilate que Jésus soit mis à mort.

Les apôtres et le rocher

Ici, la garde royale est remplacée par le groupe des apôtres qui suit Jésus en discutant entre eux. Les premiers sont Pierre, aux cheveux bouclés et blancs; et Jean, jeune et imberbe. Le Christ est tourné vers eux, comme s’il leur demandait de le suivre jusqu’au bout. Derrière les apôtres se dessine le Golgotha où seul le disciple qu’il aimait l’accompagnera.

Les petits personnages

Dans un arbre coupant des branches et sur le chemin, devant les pas de l’ânon, enlevant leurs vêtements et les plaçant pour former un tapis, des adultes en miniature font contraste avec les personnages plus imposants. Ce sont ceux qui ont un coeur d’enfant : les petits, les simples, les spontanés qui reconnaissent et accueillent leur Sauveur. Ce sont ceux qui, comme les petits, se réjouissent à l’approche de leur Roi qui s’avance pour donner sa vie. On reconnaît ici le Psaume 8 : "Jusqu’au cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits."  L’icône présente donc en contraste les grands, les puissants qui projettent la mort de Jésus et les petits, ceux qui le reconnaissent comme leur Sauveur et le vénèrent comme Messie ou Christ.

Palmes et vêtements

Les palmes déposées par les petits ont ici une signification particulière. Elles étaient utilisées à l’époque biblique pour accueillir les personnages importants mais particulièrement pour accueillir les conquérants victorieux. La pratique d’étendre ses vêtements sur le sol était, elle, réservée à l’accueil d’un roi qui avait reçu l’onction (2 R 9,13). Ces détails permettent d’indiquer par l’icône que Jésus est acclamé en tant que conquérant de la mort et aussi en tant que roi de la Jérusalem nouvelle.

Mystère du salut

Au-delà de l’événement historique de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, l’icône nous place devant le mystère du salut de l’humanité par la mort du Fils de Dieu sur la croix. C’est la majesté de Jésus s’avançant royalement vers la mort qui domine toute l’icône. Il est à la fois vainqueur triomphant et roi pacificateur. Il est proclamé roi au moment même où il s’avance pour se donner en sacrifice.

Jérusalem

Jérusalem est tout à la fois le lieu historique des événements du salut et l’image du ciel. La Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste sont ici identiques. Jésus s’avance vers la mort; Jésus entre dans son royaume. La mort à Jérusalem sera accompagnée du triomphe au ciel. L’entrée à Jérusalem signifie tout à la fois l’acceptation du chemin qui conduit à la mort et la reconnaissance que ce chemin conduit également à la glorification du Fils par le Père.

Acclamations

Ainsi, l’acclamation des fils et des filles de Jérusalem déborde l’événement représenté par cette icône. Elle renvoie à l’acclamation des armées célestes qui salue le Sauveur. Cette icône est construite comme le SANCTUS de la liturgie eucharistique où l’Église associe le chant des baptisés à celui des anges. Alors, le chant des humains s’unit au chant des chérubins et des séraphins qui acclament Dieu sur son trône :
"Saint, Saint, Saint, le Seigneur Sabaoth,

le ciel et la terre sont remplis de ta gloire!"

De même, le chant des armées célestes s’unit au chant de l’Église qui reprend les cris de joie de la foule de Jérusalem :

"Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

Hosanna au plus haut des cieux!"

Ce chant est, comme l’icône, une célébration du salut : "Hosanna!", "Sauve-nous!", fais-nous entrer avec toi dans ta victoire sur la mort, fais-nous entrer avec toi dans ta gloire céleste!

source : http://www.reclusesmiss.org